Les enjeux d'intégration de la mobilité durable dans les projets d'aménagement urbain

La mobilité durable constitue aujourd’hui un enjeu central des projets urbains, à la croisée des objectifs environnementaux, sociaux et fonctionnels de la ville contemporaine. Pourtant, son intégration reste souvent insuffisante ou tardive dans les démarches d’aménagement, limitant la cohérence entre formes urbaines et pratiques de déplacement. Cet article analyse les modalités de prise en compte de la mobilité durable dans les projets urbains, en mettant en évidence les limites des approches actuelles et les enjeux associés en matière de dépendance automobile, d’accessibilité et de qualité urbaine.
À partir d’un état des lieux nuancé, il montre que le traitement sectoriel de la mobilité conduit fréquemment à des dysfonctionnements opérationnels et à des impacts négatifs durables. L’article s’appuie ensuite sur plusieurs projets urbains de référence, en France, pour identifier les facteurs de réussite d’une intégration effective de la mobilité durable. Ces retours d’expérience soulignent l’importance d’une anticipation des besoins de déplacements, d’une articulation étroite entre urbanisme et mobilité, ainsi que d’une hiérarchisation claire des modes de déplacement.
L’analyse met en évidence que la mobilité durable, lorsqu’elle est intégrée dès les phases amont du projet, constitue un levier structurant de performance environnementale, sociale et urbaine. Elle apparaît ainsi comme un élément clé de la conception de projets urbains plus résilients et adaptés aux défis contemporains.

Introduction

Face à l’urbanisation croissante des territoires et à l’urgence climatique, la question de la mobilité occupe aujourd’hui une place centrale dans les réflexions sur la ville durable. Les déplacements quotidiens constituent en effet un enjeu majeur, à la fois environnemental, social et économique, tant ils influencent les émissions de gaz à effet de serre, l’accessibilité aux services et la qualité de vie des habitants. Dans ce contexte, la prise en compte des mobilités durables dès la conception des projets apparaît comme un levier essentiel pour accompagner la transition des villes vers des modèles plus sobres, inclusifs et résilients.
Les projets urbains, qu’ils soient menés à l’échelle d’un territoire métropolitain, d’une ville ou d’un quartier, jouent un rôle déterminant dans l’organisation des mobilités. À l’échelle territoriale, ils permettent de structurer les grands réseaux de transport et de penser les relations entre espaces urbains et périurbains. À l’échelle urbaine et opérationnelle, ils façonnent plus directement les pratiques quotidiennes de déplacement à travers la localisation des fonctions, la hiérarchisation des voiries ou encore la place accordée aux modes de transport alternatifs à la voiture individuelle. Pourtant, malgré cette influence déterminante, la mobilité reste souvent reléguée au second plan dans les projets d’aménagement.
Ainsi, la prise en compte insuffisante ou tardive des enjeux de mobilité dans les projets urbains soulève de nombreuses problématiques, allant de la dépendance automobile aux inégalités d’accès aux transports. Dès lors, il convient de s’interroger sur les limites des pratiques actuelles et sur les moyens de mieux intégrer la mobilité durable au cœur des projets urbains, afin de répondre aux défis contemporains et de construire des villes plus durables.

Une prise en compte de la mobiilité durable hétérogène dans les projets urbains

Malgré l’affirmation croissante des objectifs de transition écologique et de mobilité durable dans les politiques publiques, force est de constater que la mobilité demeure encore trop souvent intégrée de manière tardive ou partielle dans les projets urbains. Dans de nombreux cas, les choix d’aménagement sont d’abord guidés par des considérations foncières, programmatiques ou architecturales, reléguant les questions de déplacements à une phase ultérieure du projet. Cette approche séquentielle conduit à traiter la mobilité comme une contrainte technique à résoudre a posteriori, plutôt que comme un élément structurant du projet urbain.
Cette intégration tardive se traduit fréquemment par une inadéquation entre l’offre de mobilité et les usages générés par le projet. Les besoins en déplacements sont alors sous-estimés ou mal anticipés, entraînant des ajustements coûteux et parfois inefficaces, qu’il s’agisse de la création de voiries supplémentaires, du renforcement non planifié des transports collectifs ou de la gestion complexe du stationnement. En l’absence d’une réflexion globale dès les phases amont, la cohérence entre urbanisme et mobilité se trouve fragilisée, au détriment de la performance globale du projet.
Par ailleurs, de nombreux projets urbains restent marqués par une forte dépendance à la voiture individuelle. Héritée de modèles d’aménagement fonctionnels et zonés, cette dépendance se manifeste par une organisation spatiale génératrice de déplacements motorisés, une hiérarchisation viaire favorable à l’automobile et une place insuffisante accordée aux modes actifs et aux transports collectifs. Dans ce contexte, les infrastructures dédiées à la marche, au vélo ou à l’intermodalité apparaissent souvent discontinues, peu lisibles ou reléguées à des espaces résiduels, limitant leur attractivité et leur efficacité.
Les conséquences de cette prise en compte insuffisante de la mobilité sont multiples et soulèvent des enjeux majeurs. Sur le plan environnemental, elle contribue à une surutilisation de la voiture et donc au maintien de niveaux élevés d’émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, en contradiction avec les objectifs climatiques nationaux et locaux. Sur le plan social, elle renforce les inégalités d’accès à la mobilité, notamment pour les populations non motorisées ou vulnérables, en conditionnant l’accès à l’emploi, aux services et aux équipements à la possession d’un véhicule individuel. Enfin, sur le plan urbain et économique, elle engendre des phénomènes de congestion, de nuisances et de perte de qualité des espaces publics, tout en générant des coûts importants liés aux adaptations tardives des infrastructures.
Ainsi, l’état des lieux met en évidence les limites d’une approche de la mobilité encore trop sectorielle et réactive dans les projets urbains. Ces constats soulignent la nécessité d’un changement de paradigme, visant à replacer la mobilité durable au cœur de la conception urbaine, comme un levier stratégique au service de la performance environnementale, sociale et fonctionnelle des territoires

Les leviers d'intégration de la mobilité durable

Face aux limites mises en évidence par les pratiques actuelles, l’intégration effective de la mobilité durable dans les projets urbains suppose un changement profond des méthodes de conception et de pilotage des opérations d’aménagement. Il s’agit de dépasser une approche sectorielle pour inscrire la mobilité (pas uniquement voiture) comme un élément structurant du projet urbain, au même titre que le foncier, la programmation ou la qualité architecturale. Cette évolution implique d’intervenir dès les phases amont du projet, afin d’anticiper les besoins de déplacements et d’orienter les choix d’aménagement en cohérence avec les objectifs de durabilité.
L’une des conditions essentielles de cette intégration repose sur une articulation renforcée entre urbanisme et mobilité. La localisation des fonctions urbaines, la densité bâtie et la mixité des usages constituent des leviers majeurs pour réduire les besoins de déplacements motorisés et favoriser des pratiques de mobilité plus sobres. En ce sens, la conception de projets fondés sur la proximité et la compacité, souvent résumée par le principe de la « ville des courtes distances », permet de limiter la dépendance à la voiture individuelle tout en renforçant l’accessibilité aux services et aux équipements. Cette approche nécessite une coordination étroite entre les acteurs de l’aménagement, de la planification urbaine et des transports. En effet, rien que l’implantation du projet a une forte influence. Il n’est malheureusement par rare de voir des piscines municipales, des nouveaux quartiers, des cinémas être complètement en périphérie, loin de toutes autres activités ou habitations. La voiture devient alors la seule possibilité. Dans ce genre de situation, un projet de piste cyclable très coûteux arrive souvent quelques années après alors que cela aurait pu être anticipé.
Par ailleurs, la hiérarchisation et le partage de l’espace public jouent un rôle déterminant dans la promotion des mobilités durables. La requalification des voiries en faveur des modes actifs et des transports collectifs, la continuité des réseaux cyclables et piétons, ainsi que la lisibilité des parcours constituent des facteurs clés de report modal. Ces choix doivent s’appuyer sur des analyses fines des flux de déplacements et des usages, intégrant les différentes temporalités et catégories d’usagers, afin de garantir la sécurité, le confort et l’attractivité des modes alternatifs à l’automobile.
En outre, la place de la voiture individuelle doit être maitrisée dès la conception du projet. Il est possible de limiter son espace et son utilisation et développant des offres de solutions plus durables (transport en commun, vélo, marche autopartage, …). Ces programmes sont conséquents et mettent plusieurs années à sortir de terre, dès sa conception une réduction de l’usage de la voiture doit être anticiper en incitant et en favorisant de nouveaux usages. Ces actions permettront de rééquilibrer les modes mais aussi de limiter le stationnement dans ces nouveaux projets. Un choc d’offres de solutions durables de mobilité ne peut pas s’opérer sans contraindre et limiter la place de la voiture individuelle dans ces projets.
Les outils de planification et d’ingénierie de la mobilité représentent également des leviers essentiels pour une meilleure intégration dans les projets urbains. Les études de trafic multimodales, les modélisations de déplacements, ainsi que les documents de planification stratégique tels que les plans de mobilité ou les documents d’urbanisme, permettent d’objectiver les impacts des projets et d’orienter les choix d’aménagement. Toutefois, leur efficacité repose sur leur mobilisation en amont et sur leur capacité à nourrir réellement la conception du projet, plutôt que de servir de simples outils de validation réglementaire.
Enfin, l’intégration de la mobilité durable passe par une approche évolutive et adaptative des projets urbains. L’essor des mobilités partagées, des solutions de mobilité servicielle et des innovations numériques invite à concevoir des espaces capables d’évoluer dans le temps, en intégrant des marges de manœuvre pour de nouveaux usages. Cette flexibilité constitue un enjeu central pour garantir la résilience des projets face aux évolutions des comportements de mobilité et aux contraintes environnementales futures.
Ainsi, la prise en compte de la mobilité durable dans les projets urbains repose sur une combinaison de principes de conception, d’outils d’ingénierie et de pratiques opérationnelles. Elle nécessite une approche transversale et anticipatrice, permettant de faire de la mobilité non plus une contrainte, mais un véritable levier de performance et de durabilité des projets urbains.

Exemples de porjets urbains ayant intégrés efficacement la mobilité durable dans leur construction

Notre bureau d’études a été amené à réaliser des études permettant de favoriser l’intégration de la mobilité durable dans le processus d’aménagement d’un projet urbain, on peut citer parmi celles-ci :

  • Une étude de mobilité sur un programme de renouvellement urbain découpé en 4 phases entre 2021 et 2040 :

Vizea est intervenu en tant qu’expert mobilité sur la 2eme phase de construction sur un quartier qui prévoyait la construction de 600 logements neufs sur la période 2022-2030. Cette étude s’est déclinée en trois phases : un diagnostic des mobilités et besoins associés comprenant un profil des usagers et des habitudes de déplacement, une analyse de l’offre de mobilité ainsi qu’une étude de l’évolution des flux liés à la construction de nouveaux logements.
Nous avons élaboré des scénarios intégrant une étude des solutions de mobilités durables et innovantes potentielle à mettre en place au sein du quartier Les scénarios sont complets et comprennent des hypothèses de reports de parts modales qui sont liés aux futurs besoins de stationnement. Ces hypothèses de parts modales et de ratio de stationnement pour les logements neufs dépendant des solutions d‘écomobilité qui pourraient être mises en place.
Enfin, nous avons réalisé une déclinaison opérationnelle du scénario choisi, avec un programme d’actions à mener l’échelle du quartier et si nécessaire de la commune, la recherche de subventions disponibles pour la mise en œuvre de celui-ci.

  • Une étude de trafic dans le cadre d’une étude urbaine sur le projet de requalification de la RD14, Boulevard Victor Bordier à Montigny les Cormeilles

L’équipe a réalisé une analyse des comptages routier sur quatre points de comptages afin de caractériser le trafic de la zone d’activité et voir si celui-ci était compatible pour la requalification du boulevard vers une zone mixte comprenant plus de fonction résidentielle.
L’analyse des comptages s’est déclinée en étudiant les tranches horaires de fréquentation ainsi que les jours de fréquentation à l’échelle de la semaine. Également, les différentes localisations de comptages ont pu montrer les fluctuations de trafic en évaluant les entrées et sorties via les voies perpendiculaires ainsi que les rond points.
Une visite de terrain a été réalisée dans ce contexte permettant de diagnostiquer les enjeux pour les mobilités afin de réaliser des préconisations sur l’aménagement du Boulevard (discontinuité modes doux, trafic et nuisances observées, cadencement des transports en communs…).

À l’échelle française, d’autres projet sont des exemples d’intégration des enjeux de mobilités.

  • Le projet de la Confluence à Lyon illustre une intégration progressive mais structurante de la mobilité durable dans une opération de renouvellement urbain de grande ampleur.

La desserte du quartier par le tramway, intégrée dès les premières phases du projet, a joué un rôle déterminant dans l’accessibilité du site et dans son attractivité. Parallèlement, le projet a accordé une place importante aux modes actifs, avec des espaces publics conçus pour favoriser les cheminements piétons et cyclables, ainsi qu’une gestion maîtrisée du stationnement. La hiérarchisation des voiries et la limitation des vitesses ont permis de réduire la circulation de transit et d’améliorer la qualité urbaine. L’intégration de la mobilité durable a ainsi contribué à accompagner la densification du quartier sans générer de congestion excessive, tout en renforçant son image de quartier innovant et durable.

Conclusion

L’analyse de la prise en compte de la mobilité durable dans les projets urbains met en évidence un constat clair : lorsque la mobilité est intégrée de manière tardive ou sectorielle, elle devient une contrainte technique génératrice de dysfonctionnements, de coûts supplémentaires et d’impacts négatifs sur l’environnement et la qualité de vie. À l’inverse, les projets qui placent la mobilité au cœur de leur conception démontrent que celle-ci constitue un levier structurant majeur de performance urbaine et territoriale.

Les exemples étudiés montrent que l’intégration réussie de la mobilité durable repose avant tout sur une anticipation des besoins de déplacements et sur une articulation étroite entre urbanisme et mobilité. La localisation des fonctions, la densité, la mixité des usages et la hiérarchisation de l’espace public apparaissent comme des déterminants essentiels des pratiques de déplacement. Lorsqu’ils sont pensés conjointement avec une offre de transports collectifs performante et des réseaux continus de mobilités actives, ces choix permettent de réduire durablement la dépendance à la voiture individuelle et de favoriser des comportements de mobilité plus sobres.

Au-delà des bénéfices environnementaux, la bonne intégration de la mobilité durable génère des répercussions positives à plusieurs niveaux. Elle améliore l’accessibilité des territoires, renforce l’équité sociale face aux déplacements, contribue à la qualité des espaces publics et soutient l’attractivité des projets urbains. Elle permet également d’accompagner la densification et le renouvellement urbain sans aggraver les phénomènes de congestion, en assurant une cohérence entre capacités d’accueil et capacités de déplacement.

Dans un contexte de transition écologique et de contraintes croissantes sur les ressources et l’espace, la mobilité durable ne peut plus être envisagée comme un simple volet technique des projets urbains. Elle doit être considérée comme un élément structurant du projet de territoire, mobilisant une ingénierie transversale et une vision de long terme. À ce titre, l’évolution des pratiques professionnelles, notamment dans les bureaux d’études et chez les maîtres d’ouvrage, constitue un enjeu central pour concevoir des projets urbains plus résilients, performants et adaptés aux défis contemporains.

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